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La première fois que j’ai poussé la porte de la maison ancienne de Ba Kiet, c’était il y a longtemps, bien avant que Capannam n’existe. Je me souviens du contraste : dehors, le soleil écrasant sur le verger, et à l’intérieur, cette fraîcheur sombre qui sent le bois ancien. Aujourd’hui encore, j’y reviens régulièrement avec mes voyageurs, et à chaque fois, c’est la même chose : elle n’a rien perdu de son charme d’origine.
Où se trouve cette maison, et comment je l’ai découverte ?
Elle se trouve au 22, groupe 1, hameau de Phu Hoa, commune de Dong Hoa Hiep, à quelques minutes du marché flottant de Cai Be. C’est un guide local, à l’époque où je débutais moi-même dans ce métier, qui m’y avait emmené la première fois, en me disant simplement : « Dông, avant de montrer le marché à tes voyageurs, montre-leur ça. » Je n’ai jamais oublié ce conseil.
Le village de Dong Hoa Hiep compte plusieurs demeures anciennes, la maison Ba Duc à quatre minutes, la maison Cai Huy un peu plus loin. Mais Ba Kiet reste, pour moi, la plus belle du lot. Elle est nichée au cœur d’un verger de 1,8 hectare planté de jacquiers, de pomelos et d’agrumes. Selon la saison, on croise des fruits en train de mûrir directement au-dessus du chemin qui mène à la maison.
Ce que raconte l’histoire de cette maison
La maison a été bâtie en 1838 par la famille Tran Tuan Kiet, et quatre générations s’y sont succédé sous le même toit depuis. Presque deux siècles plus tard, elle reste l’un des exemples les mieux conservés d’architecture traditionnelle du Sud, dans tout le delta.
Ce qui me frappe à chaque visite, ce n’est pas seulement son âge. C’est la manière dont l’architecture mélange les influences : structure en bois typiquement sudiste, plus de 100 piliers répartis sur cinq travées, et des touches d’inspiration française dans certains détails de la façade, héritées de l’époque coloniale. Au début des années 2000, une partie des maisons anciennes de Dong Hoa Hiep, dont celle-ci, a bénéficié d’un programme de restauration mené avec la coopération japonaise (JICA), ce qui explique leur excellent état aujourd’hui.
Ce que je montre toujours à mes voyageurs
En octobre dernier, j’accompagnais une famille de Toulouse, les parents et leurs deux adolescents, plutôt blasés au départ par la perspective de « visiter une vieille maison ». Une fois à l’intérieur, le fils s’est arrêté devant l’autel des ancêtres, encore garni d’offrandes fraîches, et m’a demandé si quelqu’un vivait vraiment là. Ce jour-là, j’ai compris que c’est exactement ce qui distingue Ba Kiet des maisons-musées qu’on visite ailleurs : ici, rien n’est figé pour les touristes.
Un mot rapide sur moi, avant de continuer. Je m’appelle Dong, je suis né ici, et j’accompagne des voyageurs francophones à travers le Vietnam, le Laos et le Cambodge depuis 2003. Ce n’est pas un guide que j’ai lu, c’est un chemin que j’ai fait.
Voici ce que je prends toujours le temps de montrer :
- La charpente et les piliers en bois précieux, plus de 100 au total, taillés et assemblés selon des techniques qui ont presque disparu ailleurs dans la région.
- Le mobilier d’origine, avec des incrustations de nacre sur certaines pièces, typiques des intérieurs de familles aisées de l’époque.
- La cour intérieure et le jardin, où l’on trouve souvent tables et chaises en pierre, à l’ombre des arbres fruitiers.
- L’autel des ancêtres, toujours en usage, celui-là même devant lequel s’était arrêté le fils de cette famille toulousaine.

Peut-on dormir ou manger sur place, comme je le fais parfois avec mes groupes ?
La maison de Ba Kiet fonctionne aussi comme homestay. J’y ai passé plusieurs nuits moi-même, avec des voyageurs qui cherchaient autre chose qu’un hôtel standard. Le repas du soir, préparé avec des produits du verger, se prend en famille, et c’est souvent le moment que mes voyageurs racontent le plus au retour.
Pour ceux qui ne restent qu’une journée, un repas de midi peut aussi s’organiser sur place, à l’arrière de la maison, dans un cadre couvert donnant sur le jardin. Quand je veux proposer un déjeuner plus élaboré, j’emmène plutôt mon groupe au Longanier, à une dizaine de minutes, réputé pour son poisson à oreilles d’éléphant.
Comment j’intègre cette visite à un passage à Cai Be
Je couple presque toujours cette visite avec le marché flottant de Cai Be, tôt le matin, avant que la chaleur ne s’installe. Je compte une petite heure sur place pour la maison, davantage si le groupe reste déjeuner ou dormir. La maison Ba Duc, à quelques minutes à peine, complète bien la visite pour qui veut comparer deux styles de demeures anciennes.
Ce passage s’intègre naturellement dans les itinéraires que je construis dans le delta du Mékong, entre My Tho et Vinh Long.
Ce qu’on me demande le plus sur la maison de Ba Kiet
Quel âge a la maison de Ba Kiet ? Elle a été construite en 1838, ce qui en fait l’une des plus anciennes demeures conservées du delta du Mékong.
Peut-on visiter la maison sans y dormir ? Oui, la visite est possible en journée, avec la possibilité d’y déjeuner. Il n’est pas nécessaire de réserver une nuit sur place.
Combien de temps prévoir pour la visite ? Une heure suffit pour la visite en elle-même. Je compte davantage si le programme inclut un déjeuner ou une nuitée.
Faut-il réserver à l’avance ? Oui, surtout pour le repas ou la nuitée, la maison restant une propriété familiale avec une capacité d’accueil limitée.
Pour finir
Ce que j’aime dans cette maison, c’est qu’elle n’a jamais cessé d’être habitée. On n’y visite pas un décor reconstitué, on entre chez une famille qui vit là depuis quatre générations, comme le jour où ce jeune Toulousain a compris, devant l’autel des ancêtres, que ce n’était pas un musée. Si vous avez des questions sur votre passage à Cai Be, posez-les-moi, je réponds personnellement à tout le monde.
A propos de l'auteur
Dong Nguyen
Vietnamien, ancien enseignant de français. Guide touristique international certifié, licence N° 101 100 664 délivrée par l'Autorité Nationale du Tourisme du Vietnam (langue : français, valable jusqu'en 2029). Dong guide des voyageurs francophones à travers le Vietnam, Laos, Cambodge depuis 2003. Plus de 20 ans de terrain, il a accompagné près de 3 000 voyageurs au Vietnam, au Laos et au Cambodge : circuits construits sur place, prestataires connus de longue date, itinéraires testés en petit groupe comme en voyage privé sur mesure. En 2018, il fonde Capannam Travel à Hanoï pour proposer ces mêmes voyages dans un cadre structuré, avec une équipe. Ses articles s'appuient sur ce qu'il a vu, fait et vérifié sur le terrain depuis 2003. Pas sur ce qu'on lui a rapporté.
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